YSER HOUCK Pour le patrimoine flamand

Second thème : le pignon

Après avoir abordé la façade sous différents détails, c'est au tour du pignon. Vous en êtes à l’épisode 9 de cette série. Si vous n’avez pas lu les premiers épisodes, reportez-vous au thème précédent abordant la façade des maisons flamandes. 

Episode 9 : Les épis

Peut-être avez-vous déjà remarqué que le haut des pignons en Flandres se dessine en triangles appelés épis. Ils ne sont pas décoratifs, bien que leur forme et parfois la brique de couleur différente utilise pour leur réalisation rend aspect esthétique. Ainsi les bords de pignons de briques étaient montés ainsi afin d'éviter que les portions de briques ne se délitent facilement. Les rangées horizontales de briques qui, logiquement, auraient dû être montées ainsi sont remplacées par des rangers perpendiculaires à l'angle du pignon. Il n'y a plus de briques brisées en extrémités des rangées. Leur taille varie en fonction des dimensions du bâtiment mais il n'y a pas moins de 6 rangées de briques par épi.

Ces maçonneries, tout comme les soubassements en façade, étaient davantage exposées à l'humidité. Afin de les renforcer, les bâtisseurs tentaient de fabriquer des jointements plus résistants. Pour cela, les joints des épis sont parfois sombres : il s'agit d'un mélange de sable-chaux qui donne une couleur blanche auquel on ajoutait du noir de suie, un goudron qui résiste à l'eau. Les briques jaunes étaient également parfois utilisées, pour une raison décorative mais aussi fonctionnelle : les briques de sables (les briques jaunes sont riches en silice) étaient généralement plus dures que les briques rouges faites en argile pure en Flandre Intérieure.


Episode 10 : Les runes (part.1)

Les runes désignent les dessins de briques colorées situés le plus souvent sur les pignons des bâtiments qui offrent une place importante et visible. Elles tirent leur nom de « runes » de l'alphabet viking avec lequel elle partage leur caractère magique et mystérieux. Les runes servent de protections le plus généralement, sinon d'invocations en faveur des principes fondamentaux de l'époque : la vie, la fécondité (des Hommes, du bétail et de la Terre), la prospérité de la famille et de la collectivité, des récoltes et du bétail.

Il en existe plusieurs motifs plus ou moins récurrents. Cet article a pour but de vous faire comprendre ce que veulent signifier ces runes. Puisqu'elles sont nombreuses, il se divisera en deux parties.

  • Le losange, ou ing, se compose en un V qui est symbole de féminité associé à la terre, et en un Λ (V renversé) symbole masculin associé au ciel. La combinaison des deux forme un symbole de fécondité. Ce losange est le motif de base de nombreuses autres runes ou dessins plus ou moins élaborés.

  • Le plus répandu est l'odal : deux losanges reliés par une ligne qui est le symbole de la propriété. Cette vertu qui peut sembler évidente aujourd'hui avait son importance originellement car la propriété était réservée à l'Homme libre par opposition au serf ou à l'esclave.
  • Le briquet est également basé sur la rune de l'ing. Il s'agit d'une croix (X) mêlant deux losanges en son centre. Cette rune se retrouve sur les murs les plus anciens mais aussi les églises. On la retrouve même sur le collier de l'ordre de la toison d'or des Ducs de Bourgogne !
  • Enfin, le cœur est une rune que l'on peut fréquemment rencontrer. Elle est très étonnamment associée à l'amour, mais cette rune était aussi à l'origine un symbole de fécondité.

Episode 11 : Les runes (part.2)

Continuons notre tour des différentes runes qui ornent les pignons des maisons flamandes.

  • La croix est un symbole ancien. On en trouve différents types n'ayant pas tous la même signification. Bien entendu, la croix, symbole chrétien par excellence, est l'un des plus répandus. Parfois composée de 5 losanges (ou plus comme sur l'église de Zegerscappel), elle était utilisée dans diverses cultures anciennes comme symbole d'éternité et comme protection contre l'adversité, une symbolique que l'on retrouve également dans la croix chrétienne.

  • La croix de saint André est facilement repérable et pratiquement comparable au losange puisque l'on y retrouve également deux V, elle symbolise ainsi la rencontre du mâle et de la femelle et par conséquent la fécondité. On peut se l'imaginer en deux X l'un au-dessus de l'autre.
  • La croix à 6 branches possède une signification intéressante. Cet hexagramme, comme son nom l'indique, est composé de deux triangles imbriqués, ancien symbole d'harmonie. Ce symbole, repris par les brasseurs, est souvent confondu avec l'étoile à 6 branches de David mais n'a rien à voir avec le judaïsme ici. Ici, c'est l'harmonie entre des éléments naturels qui est figurée. Elle est associée aux brasseries car la bière est le fruit d'une combinaison entre l'air, la terre, l'eau et le feu par la germination, la saccharification et la fermentation. Enfin petite précision : ce qui peut sembler être une croix surmontant un cœur n'en est pas vraiment une. Il s'agit en vérité d'une porte de vie qui est souvent confondue avec le cœur par sa forme en briques. Initialement dépourvu de croix latine, elle en est ensuite surmontée mais reste à l'origine un symbole runique et non chrétien.

 

  • Le symbole du soleil est généralement utilisé sur les impostes de portes (signifié par les rayons) comme source de vie. On pouvait également les retrouver sur les murs par trois, le chiffre 3 étant lui-même symbole de perfection. Mais ce symbole est également représenté à travers les trous placés en haut des pignons de granges ou d'autres bâtiments (servant initialement de trous à hiboux mais cela sera le sujet d'un autre article).

Ainsi, la Flandre française est particulièrement riche de ce type de symboles divers et variés. N'hésitez pas lors de vos balades à essayer de les retrouver. De même, vous pouvez partager vos trouvailles auprès de notre page facebook en spécifiant le village où vous l'avez trouvé !

Episode 12 : Les dates et initiales

Les pignons représentent un espace libre pour les runes mais également pour ajouter la date de construction de la bâtisse ou y apposer les initiales des propriétaires.

Nous avons déjà vu auparavant dans l'article sur les ferrures que la date de construction pouvait être affichée en façade grâce au travail de ces fers. Les fers peuvent être également utilisés sur les pignons : il faut alors lire de haut en bas et de gauche à droite pour arriver à déchiffrer une date. Les briques sont couramment utilisées aussi. De la même couleur que les brique du mur, rendant alors le tout difficilement visible mais le plus souvent d'une couleur différente (brique jaune sur fond de briques rouges ou brique rouge sur mur en briques jaunes). 

Les pignons sont également le lieu idéal pour y mettre des initiales. Ce sont logiquement les initiales du ou des propriétaires à l'époque de l'édification de la maison ou du bâtiment. On les trouve le plus souvent sur le bâtiment principal. Il est assez rare aujourd'hui d'en trouver encore mais pas impossible !

 

Episode 13 : Les trous à hiboux

Il vous est déjà peut-être arrivé de remarquer en haut d'un pignon un trou circulaire formé de briques qui ne semble pas être là par hasard.

Jadis, après les moissons, les grains étaient entreposés en gerbe dans les granges jusqu'au sommet, juste sous le toit. Une belle réserve à nourriture pour les rongeurs ! Sans pouvoir totalement s'en débarrasser, on s'efforçait d'en limiter les dégâts. Pour cela, on s'appuyait sur les prédateurs naturels des souris et autres mulots, d'abord les chats, bien connus, mais également les chouettes et les hiboux. Pour leur permettre de rentrer dans les granges et les chasser, on aménageait en haut des pignons des trous par lesquels les rapaces pouvaient à leur guise pénétrer et sortir aisément.

Aussi appelés « uylgat » en flamand (« uylengat » au pluriel), il s'agissait de simples trous circulaires ou en forme de cœur dans les pignons en bois. Dans les pignons en briques, les trous pouvaient être plus élaborés, passant de simples rectangles à de véritables éléments décoratifs. Le plus souvent on les retrouve sous forme de roue c'est à dire sous forme de briques disposées en rayons. Elle peut également symboliser le soleil et apporter ses bienfaits, les runes étant chères aux Flamands comme vous avez pu le voir précédemment. D'ailleurs, au fil du temps leur aspect utile s'est perdu et ces trous n'ont gardé que leur aspect décoratif. Pour rehausser cet effet, il n'est pas rare que le maçon ait utilisé des briques de couleur différente.

Le uylgat est encore un élément qui démontre l'attrait des Flamands pour la symbolique et leur goût pour l'esthétique. Il fait partie des « signes de maçons ».

Épisode 14 : Les wambergues

Jamais le toit et les tuiles ne débordent sur le pignon. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, c'était plutôt l'inverse : le pignon dépassait la couverture de 20 à 30 cm. Mais pourquoi ?

Cette partie du pignon s'appelle un wambergue. Ils ont l'épaisseur d'une brique (c'est-à-dire exactement 22 cm) et sont posés à chant parallèlement à la pente du toit. Ces wambergues peuvent également terminer un pignon plus épais (une brique et demie voire deux).

Ils ont plusieurs fonctions : les wambergues évitaient d'abord que le vent ne soulève ou ne déplace les tuiles posaient au bord du pignon. Surtout du côté ouest où le vent du Nord est le plus souvent dirigé. En ville, ces pignons hauts avaient également pour but de limiter la propagation des feux chez les maisons mitoyennes. Initialement, ces wambergues correspondaient surtout à l'épaisseur du chaume neuf. En effet, à cette époque, la quasi totalité des maisons étaient couvertes de chaume, ce sont ces bottes de paille qui permettent une couverture performante et à moindre frais. Ainsi, les wambergues permettaient les jonction avec le pignon et la couverture tout en la protégeant. Enfin, une raison moins énoncée avance que grâce au wambergue, le joint entre la tuile et la brique est minime et également moins exposé aux intempéries (plutôt qu'un large bandeau de mortier sur la face extérieure du pignon).

 

Épisode 15 : Les différents types de pignons

Pour clore ce chapitre sur les pignons, intéressons-nous dans cet épisode aux différents types de pignons : quels matériaux peuvent être utilisés notamment.

Tout d'abord, les pignons des bâtiments flamands suivent bien entendu la silhouette générale de la construction. Les toitures étant très pentues, la pointe a un angle aigu de 45 à 50° suivant la pente.

Différents matériaux sont utilisés pour constituer les pignons des bâtiments selon leur emplacement et leur fonction. La brique est le matériau le plus souvent utilisé et encore aujourd'hui, le plus largement connu. Pourtant, la brique était autrefois un matériau de luxe que peu de gens pouvaient s'offrir. Aussi, les pignons étaient-ils en chaume torchis, comme pouvait l'être la façade. Cela permettait ainsi une unicité dans l'esthétique de la maison. Mais le torchis craignant la pluie et l'humidité, les Hommes ont du trouver des moyens de palier ce défaut. L'une des méthodes consistait à bâtir une toiture à 4 pans de même pente. Ainsi le pignon était protégé par une avancée de 3 à 4 tuiles comme la façade (nous aborderons cette technique dans un autre article). Ces maisons aux larges toitures pouvaient être appelées « frisonnes ». Les maisons quant à elles dites « à la saxonne », suivaient le principe de la toiture à deux pans mais une amorce de toit surplombait le haut des pignons et la couverture déborde alors sur ceux-ci afin de les protéger également de la pluie. Si le pignon était peu exposé aux intempéries, le pignon pouvait être vertical semblable aux pignons en briques.

D'autres matériaux pouvaient utilisés : à l'ouest, où les vents dominants frappent de plein fouet les pignons, la partie supérieure du pignon était en planches à clin et parfois sous cette partie, un auvent protégeait le torchis en partie basse. Enfin, après 1850, la tuile était utilisée pour recouvrir le pignon, cela afin d'éviter les infiltrations le long des solins (ce sont des dispositifs visant à assurer l'étanchéité en différents endroits d'une construction).