YSER HOUCK Pour le patrimoine flamand

Premier thème : la façade

Pour commencer, nous allons aborder les détails architecturaux situés sur la façade des maisons.

Episode 1: Les fenêtres 

Élément pouvant passer inaperçu, les fenêtres peuvent pourtant marquer un style architectural. En Flandre, elles sont conçues pour apporter un maximum de lumière à l'intérieur de la maison basse et profitant de peu de soleil. Pour cela, elles sont toujours plus hautes que larges, permettant de faire pénétrer les rayons du soleil, qu'il soit haut ou bas dans le ciel. Dans cette même optique, les fenêtres, sont montées pour être peu en retrait par rapport au mur extérieur, ainsi les bâtis sont encastrés dans la maçonnerie (contrairement aux pratiques contemporaines qui consistent à les plaquer intérieurement). Aussi, les bois qui entourent chacun des carreaux sont réduits au possible pour laisser rentrer un maximum de luminosité.

 

Détail atypique de la fenêtre flamande : elle est « à guillotine ». C'est-à-dire qu'elle se soulève comme dans les pays anglo-saxons ou du Nord. Aujourd'hui, ce sont les fenêtres à la française qui les ont remplacées, mais ce système à guillotine, bien que peu commode, était moins coûteux et était moins sujet à la pourriture.

 

Episode 2 : L'entablement 

Les décors peuvent être multiples sur les maisons flamandes. Un grand nombre d'entre eux se font avec les briques. C'est le cas des entablements. En haut de la façade, situé juste en-dessous de la toiture, il s'agit du dernier lit de briques sur lequel la charpente. Afin de permettre une bonne assise à la poutre en bois base de la charpente (appelée panne sablière), il faut élargir l'entablement. Le maçon crée alors une corniche constituée de 3 à 4 rangées de briques, chacune légèrement en saillie par rapport à l'autre. Parfois de simples lignes droites, les entablements peuvent devenir de véritables décors esthétiques dans la maçonnerie : en jouant avec les couleurs de briques ou en montant les lits de briques de façon plus fantaisistes, souvent en leur donnant l'aspect d'une frise de triangles renversés.

 

Episode 3 : Le cordon larmier 

Pour suivre l'entablement, dans la même lignée, le cordon larmier est un autre détail de façade, cette fois-ci plus esthétique que fonctionnel. Situé à 80 centimètres ou 1 mètre de l'entablement, le cordon larmier est une ligne de briques en saillie sur la façade. Il évite que l'eau ne ruisselle le long du mur et de l'abîme avec le temps. Il n'est sans doute pas très efficace mais a au moins le don de rompre la monotonie des façades flamandes.

Petit plus : c'est pour la même raison que l'avant dernière rangée de briques est saillante sur les cheminées.

Épisode 4 : Les linteaux

Les linteaux sont généralement définis comme étant un élément ayant pour fonction de soutenir les matériaux du mur au-dessus d'une fenêtre, d'une porte ou d'une baie. Ainsi, en Flandre, les fenêtres et portes étaient régulièrement ornées de linteaux. Les maisons qui en sont dotées datent presque toujours du XIXe siècle. Ils se présentent généralement sous la forme d'une grosse pièce de bois (de 10 à 1é cm d'épaisseur) taillée d'accolades symétriques, située à l'extérieur de la porte. Parfois, au milieu du linteau, se trouve gravé dans un cartouche les initiales du propriétaire, son nom ou la date de construction de la maison. Le linteau apporte de l'élégance à la façade avec un dessin et des moulures variables. Leurs formes sont innombrables.

À partir du XIXe siècle, les linteaux sont construits en briques. On créé alors un léger arc de décharge de 3 centimètres environ, au-dessus des fenêtres et de la porte permettant de caler l'assemblage. Comme souvent dans l'architecture flamande, il est possible de jouer avec les couleurs de briques pour rompre la monotonie d'une façade simple. On trouve les linteaux sur tous les maisons mais également sur les dépendances et autres bâtiments comme les étables ou les granges.

Épisode 5 : Les ferrures

Les ferrures sont assez peu nombreuses en Flandre voire réduites à leur struct minimum. Bien que celles-ci restent simples, les fers d'ancrages sont toujours présents sur les murs en briques, que ce soit sur les pignons ou sur les façades.

Le fer est l'extrémité d'une barre de fer qui traverse la bâtisse à travers les poutres intérieures, ils ont pour fonction d'empêcher l'écartement de deux murs opposés ou en angle. A leurs extrémités quelques coups de poinçons forment toujours les mêmes signes : IIXII, et ce, peu importe l'âge du fer. On ne trouve pas de coulées de rouille sous ces fers. C'est du à un taux de carbone différent des fers actuels.

Leur dimension varie en fonction de la taille du bâtiment sur lesquels on les retrouve. Bien qu'ils prennent généralement la forme d'une simple barre, d'autres formes existent. Souvent, les fers peuvent prendre la forme de chiffre pour former la date de construction d'une bâtisse en combinant 4 fers. On les retrouve alors en façade, d'ailleurs la lecture de la date ne se fait pas toujours à l'identique ! Pour autant, les fers peuvent être enjolivés de voussures, surtout sur les demeures bourgeoises. Certains prennent même d'autres formes : des étoiles ou des médaillons décorés. Il n'est pas rare d'en retrouver en fo rme d'étoiles sur les brasseries (comme ce peut-être le cas sur l'ancienne brasserie du village de Herzeele).

D'autres formes ont pratiquement disparues : les fers en forme de demi-cercle fixés dans le mur près des portes d'entrées qui servaient à à gratter la boue qui collait aux chaussures. Autrefois, chaque entrée en possédait et en ville, quand les trottoirs n'étaient pas larges, ces grattes-pieds étaient fichés dans une petite niche de façon à ne pas dépasser de la façade. Egalement, les anneaux en fers souvent fixés aux piliers d'entrées de propriété, qui servaient à attacher les chevaux avec lesquels on se déplaçait.

 

Épisode 6 : L'imposte vitrée / La porte

Très souvent, la porte principale qui se situe sur la façade avant de la demeure, au sud, est surmontée d'une imposte. Aussi appelée lumière ou abat-jour, cette fenêtre qui surmonte la porte, avait pour fonction d'apporter un peu plus de luminosité à la maison qui était assez sombre en Flandre. Elle pouvait aller du plus simple au plus élégant par la forme des petits bois mais pouvait également être décorée d'une forme de soleil souvent ou de manière plus fantaisiste avec des flèches par exemple.

La porte reste simple également. Constituée de lames verticales, l'eau de pluie, cause première de la pourriture, n'a pas la possibilité de s'insinuer dans les moulures grâce à cette technique. Seules les demeures bourgeoises se dotent de portes plus sophistiquées. Auparavant, et pendant longtemps, les portes étaient divisées en deux vantaux, telles que les portes d'étables avec une partie haute et une partie basse. La porte pivote sur des gonds avec de longues pentures simples, notamment pour les portes de service ou d'étables, un peu plus élégantes pour les autres portes. Enfin, les serrures à clefs sont depuis très longtemps utilisées en Flandre et la ferrure peut être joliment décorée.

Épisode 7 : Les soupiraux

Les demeures flamandes disposaient fréquemment d'une ou plusieurs caves. Ces dernières n'étaient que semi-enterrées, dû au sous-sol argileux et humide. Les soupiraux sont de petites ouvertures situées au ras du sol qui donnaient aux caves un peu de clarté et des courants d'air. De petites dimensions (de l'ordre de 50 cm de haut et 40 cm de large), les soupiraux ne sont présents en façade que lorsque la demeure dispose d'une vaste cave qui s'étend sur toute la longueur de la maison. Autrement, la cave se situe généralement sur la façade nord et sur les pignons pour rester fraîche (la façade principale est orientée au sud pour percevoir le plus d'ensoleillement possible).

La présence de ces caves influait sur l'aspect de la façade et l'architecture intérieure. La pièce qui se situait au-dessus était appelée la voûte. Elle était généralement en plancher ou en briques et se trouvait surélevée par rapport aux autres pièces du rez-de-chaussée. Vu de l'extérieur, on peut voir que les fenêtres de cette pièce sont plus hautes que les autres. Cela provoque ainsi une rupture dans l'alignement des fenêtres et une certaine fantaisie.

Épisode 8 : les couleurs

Les Flamands ont toujours apporté beaucoup de soin à l'esthétique de leur demeure. Cela s'exprime par des techniques et savoirs-faires à la fois fonctionnels mais aussi esthétiques (épis, entablement, choix de la brique, linteau …) mais également par les couleurs utilisées sur leurs maisons. Ainsi, plutôt que de lazurer, comme ce peut être le cas aujourd'hui, les boiseries de leur maison, les Flamands choisissaient de les peindre. Mais pas de n'importe quelle couleur.

Autrefois, les façades étaient blanches (en torchis la plupart du temps ou en briques jaunes), par contraste, les couleurs foncées étaient préférées comme : le vert wagon, le rouge anglais, le marron ou encore le bleu marine. Sur les murs sombres (en briques rouges par exemple), il valait mieux éviter les couleurs foncées sauf associées avec du blanc afin de ne pas rendre la façade plus sombre encore (n'oublions pas que les maisons étaient basses, dans un paysage au ciel souvent gris). La gamme des couleurs claires était large. Au maximum, on utilisait deux couleurs différentes, plus éventuellement du blanc. Les habitations arboraient donc des couleurs marquées, tandis que, les dépendances comme les granges ou les étables étaient peintes en gris-clair tirant sur le bleu (couleur obtenue en diluant du colorant noir dans une peinture blanche). Cela prouve à quel point les Flamands, réputés pour leur propreté, apportaient du soin à leur demeure.